Conclusion

« Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt »

 

Pourquoi un dicton aussi vieillot dans ce guide pour nous, les lycéens, qui aimons tant nous lever tard ? Déformons le sens de ce dicton : le monde appartient à ceux qui s’activent dès le plus jeune âge. Les années de lycée sont aussi les meilleures années pour entrer à l’École de la vie : tout ce qui enrichit une jeunesse, enrichit d’autant plus une vie entière. Etre acteur de la vie lycéenne, c’est être un acteur de premier rôle pour la société de demain.
Étant lycéen, il n’y a donc aucune excuse pour ne pas s’engager, quelle que soit la forme de son engagement ! Nous l’avons vu, nous avons des droits, des objectifs atteignables, la méthode et des organismes propices à l’engagement : tout pour permettre l’action lycéenne !

 

A.L’action lycéenne  : lieu de “socialisation civique”

Grâce à l’engagement lycéen, on prend conscience de ce qui nous motive (1. ses passions), de l’environnement qui nous entoure (2. les enjeux de la société) et de notre capacité à agir (3. son « agentivité »).
Nous nommerons la somme de ces trois prises de conscience de Soi, la « socialisation civique », c’est-à-dire notre intégration à la société en tant qu’acteur averti, et pas seulement en tant que spectateur ramolli. Cette « socialisation civique » est essentielle pour que tout jeune puisse trouver un « rôle » dans la société, dont il connait le sens, qui le passionne et qui lui permet l’action, bref, une société d’hommes et de femmes plus ou moins harmonieuse. Trop peu est encore fait pour favoriser la « socialisation civique » et pourtant des mesures simples peuvent être mises en place.

Une prise de conscience de ses passions ! 

Tout lycéen engagé ne peut être que passionné par ce qu’il fait ; nous l’avons vu avec le témoignage de ces 7 lycéens (et le nôtre, les rédacteurs !) et d’un chef d’entreprise dans le chapitre précédent. Leur passion se sent au travers de ce qu’ils disent, mais nous l’avons particulièrement ressentie durant nos longues discussions au téléphone. Certains ne pouvaient plus s’arrêter tellement leur engagement les captivait ! Il ressortait clairement que leurs passions n’étaient pas apparues par hasard. La passion pour l’engagement est une passion qui se construit. Dylan Kiteu a été particulièrement révélateur de cette spirale ascendante : « Plus je m’engage, plus j’aime ça ! ». Avant de commencer, ils étaient tous comme n’importe quel lycéen, sceptiques sur ce que leur engagement apporterait. Il était perçu comme étant uniquement chronophage et rébarbatif, mais en s’investissant même un minimum, on comprend vite la profondeur du sens de cet engagement. Ce sont des rencontres et des expériences captivantes qui construisent cette vocation. Avant son engagement à la Croix-Rouge Française, Dylan Kiteu n’aurait jamais imaginé être un jour responsable d’une vie humaine ! Avant leurs engagements syndicaux, ni Ivan Dementhon, ni Arthur Moinet n’auraient pensé qu’ils deviendraient des interlocuteurs directs du ministre de l’Éducation nationale ! Avant notre engagement lycéen, nous, les rédacteurs, n’aurions jamais pu imaginer un jour écrire un guide ! Mais on réalise que les moyens pour agir dès nos années au lycée foisonnent et que les passions pour l’action s’y créent !

 

Une prise de conscience des enjeux de la société

L’indifférence et même le rejet de la vie en société guettent les jeunes et en particulier les lycéens qui sont les plus fragiles : entre l’adolescence et l’âge adulte, la situation est très instable. Encore très peu responsable et « enrôlé » dans la société, le choix de l’isolement et de la marginalité n’est pas difficile à prendre. Kalilou Sylla l’affirme : « si je ne m’étais pas ouvert à l’engagement syndical à l’UNL, j’aurais eu une vie toute autre. Enfermé sur ma communauté à Sevran, je n’aurais jamais cherché à comprendre ce que faisaient les autres parce que, de mon point de vue, ils auraient toujours été dans l’erreur et de toutes façons, ce qu’ils faisaient n’avait aucun intérêt. Avant l’UNL je ne sortais pas de ma banlieue. C’est l’UNL qui m’a tout appris. » En s’engageant dans un syndicat, Kalilou Sylla découvre le fonctionnement et les institutions de l’Éducation nationale. Les CVL, les conseils d’administration, les syndicats de professeurs, les fédérations de parents d’élèves, le CSE et le ministère, tout cela est un modèle réduit de l’organisation d’une société. En comprenant que son éducation est dépendante de cette microsociété, le lycéen cerne son utilité et a donc son mot à dire : il comprend l’envergure du mot « société ». En agissant et voyant son action influencer cette microsociété, il comprend l’envergure du mot « démocratie ». C’est par la pratique, et seulement de cette manière, qu’il comprend la profondeur des enjeux qui s’avèrent essentiels pour la vie organisée en communauté. Les cours théoriques donnent certes une idée de la « société », mais ce théorique doit être vérifié et éprouvé par le lycéen pour qu’il soit véritablement accepté et incorporé à la vie du jeune. Comme toute bonne théorie (scientifique ou non !), elle est à vérifier par l’expérience (scientifique ou non) ! C’est en cela que « l’UNL [lui] a tout appris » : l’UNL lui a fait sentir la véritable utilité de la société dans laquelle nous vivons. Ce processus de prise de conscience s’applique à tout engagement lycéen : un engagement au conseil d’administration de son lycée prend pour modèle de société un seul lycée, un engagement en association prend pour modèle de société un environnement autour d’une cause particulière, …
Selon la sociologue Stéphanie Rizet dans son étude « Jeunes mineurs en associations : quel impact sur leurs parcours ? » publiée en 2010, ce processus de prise de conscience de la société se concrétise d’une part, par l’implication des jeunes dans la vie associative tout le long de leur vie, et, d’autre part, par l’implication des jeunes dans la vie politique. En effet, sur une centaine de jeunes engagés en associations (en particulier en juniors associations) durant leurs années au lycée, les deux tiers ont poursuivi leur engagement associatif. Pour ce qui est de l’implication dans la vie politique, qu’il y ait eu un engagement ou non, les jeunes gardent une certaine méfiance de la politique. Mais (oui, il y a un « mais »), presque tous ces jeunes interrogés ont affirmé voter de manière assidue aux élections politiques du pays. C’est une réelle différence par rapport à l’absentéisme record des jeunes aux élections aujourd’hui. Cela montre bien que, grâce aux pratiques d’engagement, les jeunes prennent conscience des enjeux de la société. Ainsi, leur méfiance de la politique est « constructive » (penchant pour une réforme du politique) et non « explosive » (penchant vers une marginalisation) comme cela peut être le cas de jeunes ne s’étant jamais engagés en général.

Une prise de conscience de son « agentivité » !

  Toute initiative, qu’elle soit prise par un lycéen ou un octogénaire, qu’elle soit minime ou révolutionnaire, fait prendre conscience de ses propres capacités, de son « agentivité ».
Comment ? Vous vous demandez ce qu’est l’ « agentivité » ? C’est la puissance d’agir en nous, notre capacité à agir sur le monde, les choses, les êtres, à les transformer ou les influencer. L’agentivité est surtout un sentiment : une confiance en soi pour agir, pour être un « agent » actif ! Rien de mieux que les initiatives lycéennes pour en prendre conscience ! Cela fait partie du même sentiment que Dylan Kiteu à la Croix-Rouge Française et Apolline Deliège à l’UNICEF nous décrivaient quand il s’agissait de se sentir « utile pour tous ». Agés seulement de 16 et 17 ans, Dylan et Apolline trouvaient déjà leur utilité et une certaine « place » dans la société. Un lycéen convaincu de son « agentivité » est un jeune heureux de vivre dans le monde actuel.

B.Le moment de la socialisation civique

En résumé, un jeune qui a réussi sa socialisation civique pense ceci : « Je sais ce qui me motive, je connais l’importance de la société qui m’entoure ; je dois donc agir. Comme je sais que je suis capable d’agir et de réussir, j’y vais. » C’est l’état d’esprit d’une personne pleinement engagée dans sa vie que cela soit l’état d’esprit d’un jeune engagé, d’un travailleur, d’un entrepreneur, d’un militant ou encore d’un activiste ! La socialisation civique c’est la véritable compréhension de nos vocations tout en les intégrant dans les enjeux essentiels de la société : on sait que l’on a une carte à jouer ! Ces jeunes ayant solidement saisi leur socialisation civique auront les premiers rôles de la vie en société de demain.
Dans une période de désintérêt des jeunes pour la politique, de crise de la citoyenneté et de crise de la confiance en soi pour agir, une des manières de remotiver les jeunes est de proposer de nouvelles formes d’engagement dans la société : ce guide est une première étape pour les lycéens. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée Nationale, dans un rapport sur l’engagement et l’appartenance républicaine déposé au printemps 2015, affirme que « l’École, lieu d’apprentissage des valeurs citoyennes, doit aussi pouvoir être le premier lieu de leur mise en œuvre » : nous ne sommes pas les seuls à le dire !
Une véritable « culture de l’engagement » dès le plus jeune âge favoriserait grandement cette socialisation civique en étant vecteur de prise de conscience de ses passions, des enjeux de la société et de son agentivité. Un jeune engagé, c’est un jeune qui se sent utile. Un jeune qui se sent utile, c’est un jeune heureux. Un jeune heureux, c’est un jeune qui s’intègre à la société. Un jeune qui s’intègre à la société, c’est un jeune qui ne saurait que rendre notre cohabitation humaine plus harmonieuse. Finalement, être humain, quoi !

C.Quelques propositions pour favoriser l’engagement lycéen

Voyant l’importance de la socialisation civique, il faut la favoriser. Nous l’avons vu, un engagement quelle que soit sa forme est vecteur de socialisation civique. Le lycée est un moment idéal pour commencer à s’engager : c’est l’âge où l’on commence à véritablement se faire ses opinions et où on a encore un peu de temps pour soi. Certes, ce guide montre qu’il est possible de s’engager aujourd’hui en étant lycéen, mais le premier pas est encore difficile. Quelques mesures simples et non coûteuses peuvent être mises en place par le ministère de l’Éducation pour favoriser l’engagement lycéen et donc la socialisation civique des lycéens :

Rendre plus visible l’engagement lycéen : 

  • favoriser l’engagement associatif en faisant découvrir aux élèves ce milieu par un stage de deux semaines en fin de seconde (sur le modèle du stage en entreprise en troisième),
  • généraliser les interventions d’acteurs de la société civile. Elles seraient sous forme de conférences ouvertes à tous les lycéens ou d’interventions directement dans les classes,
  • organiser dans tous les lycées en chaque début d’année un miniforum, banalisant une demi-journée, où tout élève engagé, que cela soit au CVL, à la MDL, dans une association, un club de sport ou encore un conservatoire de musique, pourrait monter un stand et présenter son engagement extrascolaire avec des possibilités d’inviter des représentants d’associations extérieures pour étoffer le miniforum. Les fédérations de parents d’élèves, les syndicats d’enseignants et du personnel de l’administration pourraient également tenir des stands pour que les lycéens comprennent le rôle de chacun.

    Donner plus de poids aux lycéens engagés : 

  • rendre décisionnelles les instances de la démocratie lycéenne afin de décider sur les sujets concernant directement les lycéens, renforçant ainsi le poids des élus, mais surtout du vote de chacun,
  • valoriser les engagements au travers d’appréciations (et non d’évaluation !) sur les bulletins et sur APB (Admission Post-Bac).

 

Se donner les moyens : 

  • élargir le rôle des conseillers principaux d’éducation et/ou de conseillers d’orientation au domaine de l’engagement pour informer les lycéens sur les diverses possibilités,
  • transformer les heures d’éducation morale et civique en une discipline à part entière : au moins 2 heures par semaine pour toutes les sections avec un programme obligatoire, sans possibilité de dénaturer ses heures à une autre utilisation,
  • obtenir la mise en place effective de maisons des lycéens (MDL) et de conseils de la Vie Lycéenne (CVL) dans tous les lycées de France.
  • du temps libéré au sein du lycée spécialement consacré pour que chacun puisse s’engager de diverses manières.

 

Au terme de ce guide, tout a été dit : à nous tous de jouer !