Les syndicats lycéens

Tout le monde connait le syndicalisme ouvrier ou salarié, mais saviezvous que le syndicalisme lycéen existe aussi ? Aujourd’hui, quatre syndicats lycéens demeurent actifs : le Syndicat Général des Lycéens (SGL, 3 600 adhérents revendiqués), l’Union Nationale Lycéenne (UNL, 7 000 adhérents revendiqués), l’Union Nationale Interuniversitaire Lycée (UNI-Lycée, 4 600 adhérents revendiqués) et la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne (FIDL, 7 000 adhérents revendiqués).
Pour présenter le syndicalisme lycéen aujourd’hui, le président de l’UNL entre 2012 et 2014, maintenant en licence de droit, Ivan Dementhon a bien voulu répondre à nos questions.

Comment pourrait-on présenter le syndicalisme lycéen ?

Ivan : « L’objectif du syndicalisme lycéen est de défendre les intérêts matériels et moraux des lycéens. Il veille à ce que le système éducatif prenne avant tout en compte les lycéens. Nous nous battons contre les inégalités sociales et pour que tous puissent avoir une chance de réussir. C’est un combat essentiel que nous menons car, nous en sommes convaincus, [il faut] changer l’éducation pour changer la société.
Mais le syndicalisme lycéen c’est non seulement défendre nos droits à une éducation décente pour tous, mais c’est également un positionnement plus large dans la société et parmi les jeunes. Nous dénonçons le statut ambigu des 15 à 18 ans : ni encore adultes, ni vraiment enfants, nous sommes dans un âge de transition où rien n’est adapté pour nous.
C’est une action faite par et pour les lycéens. Son moyen d’action est l’action collective qui se décompose en deux options : la négociation ou la mobilisation quand c’est nécessaire. La négociation se fait dans les instances prévues pour, c’est-àdire le conseil supérieur de l’éducation (CSE) ou encore le conseil national de la vie lycéenne (CNVL). La mobilisation se fait par des pétitions ou des manifestations dans la rue. Un exemple : au moment de l’affaire Leonarda (octobre 2013), on était plus de 15 000 lycéens dans la rue. »

Pourquoi adhérer à un syndicat lycéen ?

Ivan : « Ce n’est pas évident pour tous les lycéens d’avoir cette conscience de l’état de la situation. Il y a plusieurs déclics à avoir : se rendre compte qu’il y a des problèmes, qu’on peut les résoudre et que c’est en étant nombreux et organisés qu’on y arrivera. Même si on ne compte pas s’engager, adhérer est un symbole, on donne de la force au syndicat qui nous représente. Plus on est nombreux, plus on aura une vision complète de la situation et plus on sera écoutés et crédibles vis-à-vis de l’Éducation nationale. »

Le syndicalisme lycéen a-t-il vraiment un poids vis-à-vis des décideurs ? Un exemple de ce que tu as pu faire.

Ivan : « Je pense que oui, le syndicalisme lycéen a de l’importance. Que ce soit par des mobilisations ou des négociations, nous avons pu obtenir un certain nombre d’avancées pour le système éducatif, la vie lycéenne, … Nous avons également réussi à empêcher certaines réformes qui nous semblaient injustes. De plus, nous avons des contacts directs avec le cabinet du ministre de l’éducation et les syndicats lycéens sont très souvent invités aux réunions du ministère, ce qui prouve bien ce poids que nous avons vis-à-vis de l’Éducation nationale. C’est en particulier au sein du Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) que nous avons du poids. Un exemple concernant la vie lycéenne : nous avons obtenu le doublement des fonds de vie lycéenne permettant une nette augmentation des projets initiés par les lycéens. »

Quels sont tes conseils pour faire de cet engagement une réussite ?

Ivan : « Ce qui importe est d’être organisé : on doit se concerter et se mettre d’accord avec les autres syndicats et on doit porter un message et des revendications clairs. Réussir une campagne passe aussi par la mobilisation des médias : notre message aura alors un impact plus important sur l’opinion publique. Et enfin, comme dit précédemment, plus on est nombreux, mieux le message passe. »

Qu’apporte ce genre d’engagement à un lycéen ?

Ivan : « Enormément. On rencontre plein de gens dans la France entière : ce sont des liens très forts qui se construisent. On y développe ses capacités d’organisation, d’analyse et son esprit critique. On y développe également ses capacités d’expression rédactionnelle et orale. Quand il s’agit de dialoguer avec le ministère ou d’échanger avec les médias, il faut savoir le faire de la bonne manière. »

Que deviennent les lycéens ayant rejoint un syndicat lycéen ?

Ivan : « On ne ressort pas « normal » d’un engagement syndical. Très souvent, ils restent engagés dans des associations ou partis politiques tout le long de leur vie. Quand on s’est engagé à cet âge-là, c’est quelque chose qui reste. »

Des exemples de parcours :
Benjamin Vételé était militant à l’UNL. Une fois étudiant, il a poursuivi son engagement syndical à l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France, le principal syndicat étudiant) et en est devenu vice-président. Il est aujourd’hui conseiller régional de la région Centre et adjoint au Maire de Blois en charge de… l’Éducation !
Delphine Batho, adhère en 1988 à la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), dont elle prend la présidence pendant 2 ans. Elle devient en 2007 députée des Deux-Sèvres puis ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie en 2012.

Si je suis lycéen aujourd’hui et que je veux adhérer à un syndicat lycéen que dois-je faire ?

Ivan : « C’est tout bête : soit vous en parlez à quelqu’un que vous connaissez déjà, soit vous pouvez vous inscrire sur internet et on vous rappellera. »

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